L’école de coding Le Wagon ouvre son campus au Maroc – Interview portrait

On est allé à la rencontre de Hanae Bezad, jeune passionnée par l’entrepreneuriat à l’origine de l’ouverture au Maroc de l’école de coding le Wagon, connu à l’international pour son programme bootcamp de 9 semaines, formant des développeurs et porteurs de projets aux fondamentaux du développement web.

Hanae nous en dit plus sur son parcours, Le Wagon Maroc et ses aspirations pour un écosystème tech Marocain optimisé.

Bonjour Hanae et merci pour cet échange. Tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur ton parcours?

J’ai grandi au Maroc et je suis allée en France pour mes études supérieures. J’étais curieuse de tout, je sentais que le système à l’ancienne des classes préparatoires ne m’épanouissait pas, malgré le niveau d’exigence et l’opportunité de dépassement de soi qui m’attiraient beaucoup. En arrivant à Paris, j’ai passé 3 jours en tout et pour tout au lycée Saint Louis en MP, le temps que l’AEFE, qui m’offrait une bourse d’excellence accepte que j’aille à SciencesPo … où j’ai d’ailleurs pu poursuivre les maths et la physique à l’UPMC dans le cadre d’un double diplôme mis en place à l’époque par Bruno Latour. SciencesPo offrait la possibilité d’échanges longs avec de très belles universités, j’y ai trouvé mon compte avec un an à Wharton, où j’ai découvert le monde du business, et mon goût pour les affaires !
De retour en France, j’ai rejoint le double diplôme en Management Public et Privé à SciencesPo/HEC. Pour compléter ce parcours touche-à-tout, j’ai fait du droit à Paris I Panthéon Sorbonne, avec mes premiers longs stages dans des boutiques de droit des affaires parisiennes. De là, d’autres opportunités dans des univers connexes se sont présentées : j’ai travaillé à l’issue de mon master chez Altermind, un cabinet de conseil aux directions générales et à des personnalités publiques fondé par l’ex-avocat essayiste libéral Mathieu Laine. J’ai ensuite rejoint un cabinet de conseil plus orienté tech et digital, eleven. En parallèle, j’étais engagée au sein du board d’un incubateur social Led By HER qui accompagne des femmes victimes de violence à l’entrepreneuriat.

Ces années ont été denses, et riches en découvertes, surtout de mes aspirations plus profondes. A un moment donné, j’ai eu envie de renforcer mes connaissances techniques. J’avais vu des camarades de promo monter leurs startups tech, il me manquait des hard skills pour me sentir légitime à rejoindre cet univers. Je me suis inscrite au Wagon, j’ai eu envie d’en faire un nouveau point de départ en laissant derrière moi ma petite vie parisienne qui devenait de plus en plus confortable mais pas entièrement épanouissante. Il y avait autre chose, que ni l’expatriation ni le salariat ne pouvaient m’apporter. J’étais prête à prendre des risques, et je me suis dit que quitte à le faire, autant tenter dans mon pays d’origine, où les challenges sont plus nombreux, mais où l’impact potentiel serait éventuellement plus grand si j’y arrivais.

Comment t’est venu l’initiative de lancer Le Wagon au Maroc?

Mon expérience au Wagon à Barcelone a été géniale, de bout en bout. J’ai non seulement appris à coder, mais j’ai surtout rencontré et travaillé aux côtés de personnes qui avaient des parcours très diversifiés, des nomades digitaux, des créatifs passionnés très éloignés des milieux corporate un peu ternes que j’avais fréquentés. Ils parvenaient tous à bien vivre de leurs talents, ils avaient pris des risques et ils s’épanouissaient en le faisant. Ces rencontres m’ont chacune, à leur façon, donné l’envie et le courage de me lancer dans ces nouvelles aventures entrepreneuriales.

En amont du Wagon, j’avais avancé sur mes réflexions « existentielles » Le bootcamp a constitué le moment favorable pour que mes idées émergent et que je passe à l’action pour me lancer vraiment. Il y a eu un bon feeling avec les co-fondateurs, qui m’inspirent beaucoup de part leurs personnalités respectives d’entrepreneurs, leur vision et leurs aspirations.

Peux-tu nous présenter le concept Le Wagon?

Le Wagon propose une formation intensive en coding de 9 semaines pour permettre à des aspirants entrepreneurs tech ou futurs web-développeurs de monter en compétences rapidement et efficacement. Ils complètent en 360 heures de code près de 300 challenges, apprennent avec nos équipes les meilleures pratiques de la collaboration entre développeurs pour finir par coder leur propre projet, qui est soit le MVP de leur start-up, soit un projet qui fera partie de leur portfolio de web-développeur. On sélectionne des profils de personnes motivées, qui n’ont pas nécessairement eu une exposition au coding auparavant. Le tout est qu’ils soient prêts à s’engager dans un programme intensif et exigeant, et qu’ils apportent une belle énergie à la communauté !

Quel(s) programme(s) propose aujourd’hui le Wagon Maroc?

Au Maroc, on a mis en place le programme full stack, notre deuxième promotion a démarré le 16 juillet à Casablanca. Nous développons aussi des partenariats avec des universités pour mettre en place le full stack pour leur élèves en nous adaptant à leurs impératifs académiques . De nombreux corporate nous ont également approché pour leurs besoins de montée en compétences des collaborateurs dans le digital, nous avons plusieurs types de formations qui peuvent y répondre.

Tu es aussi fondatrice de DouarTech. Peux-tu nous en toucher un mot?

Nous en sommes encore au prototype cette année, on reste effectivement assez discrets pour être focus … en quelques mots, Douar Tech a pour objectif de promouvoir l’indépendance économique des jeunes issus de milieux précaires dans le rural marocain à travers une formation à l’entrepreneuriat. Notre mission est d’encourager et d’aider ces jeunes à accéder et à franchir les étapes nécessaires leur permettant de trouver un travail ou encore de devenir auto-entrepreneurs ou dirigeant de TPE.

Comment nous décrirais-tu ton expérience entrepreneuriale?

Dès lors que j’ai commencé, j’ai eu le sentiment d’être plus en phase avec moi-même et de redonner une place fondamentale à ma joie de vivre créatrice; et ce malgré le fait que j’amenais un concept existant. On m’a d’ailleurs beaucoup posé la question : pourquoi tu ne crées pas ton propre modèle d’école de coding, « made in Morocco ». J’ai choisi de me lancer dans l’entrepreneuriat au Maroc en m’appuyant sur de l’existant auquel je crois à 100 %. La méthode, la pédagogie, les outils, le savoir-faire du Wagon et sa communauté, c’est une combinaison hyper puissante ! Justement, en apprenant à coder, on comprend que ça ne sert à rien de réinventer la roue, pour moi c’était une évidence qu’il fallait capitaliser sur ce niveau d’intelligence collective construit par des personnes que j’estime beaucoup ! Le tout c’est de pouvoir en faire un levier pour s’inscrire dans une vision plus large, l’innovation sert ici à avancer sur des sujets de développement humain, en formant des personnes qui ont à cœur de créer de la valeur en Afrique.

Quels sont les principaux challenges auxquels tu as dû faire face?

L’écosystème entrepreneurial marocain émerge à peine, et ce essentiellement grâce au travail acharné de personnes très engagées et passionnées qui ont défriché le terrain depuis quelques années.

Il y a encore trop peu de financements, la chaîne de valeur entrepreneuriale n’est pas encore bien « huilée », there’s room for more collaboration! Au Maroc, on en est encore à faire de l’évènementiel autour du digital venu d’ailleurs et consommé et non pas tellement produit localement. Ça fait partie de la maturation d’un écosystème. Mais je pense qu’on pourrait aussi capitaliser sur la courbe d’apprentissage des scènes tech qu’on connaît bien, parce qu’une bonne partie de notre diaspora se constitue des meilleurs talents, au Canada, en France et au Royaume-Uni notamment.

Le bootcamp répond à de nombreuses problématiques cruciales dans cet écosystème : la montée en compétences rapide de nouveaux développeurs avec une sensibilité produit, la montée en compétences de nos entrepreneurs tech, qui n’arrivent pas tellement à bootstrapper la création de produits webs avec les solutions à portée des agences web locales, encore moins à suivre les standards internationaux qui sont de plus en plus élevés et auxquels les utilisateurs locaux et régionaux sont nécessairement exposés puisqu’ils consomment de la tech venue d’ailleurs. Sur le moyen terme, ils n’arrivent pas non plus à optimiser leurs interactions avec leurs équipes techniques, le workflow est souvent frictionnel.

L’impact sociétal peut être énorme si on équipe les entrepreneurs créatifs d’une éducation tech solide, pour moi c’est l’un des enjeux majeurs du Wagon au Maroc ! On y arrive petit à petit, avec d’excellents profils d’entrepreneurs sociaux par exemple qui rejoignent notre bootcamp. Mais pour atteindre le plein potentiel transformatif, il nous faut aider au financement de ces porteurs de projet.

Un autre challenge lié à l’écosystème : nous proposons une formation full stack c’est-à-dire front-end et back-end et nous enseignons un langage, Ruby, particulièrement prisé dans les startups des scènes tech matures, dans la Silicon Valley en particulier. C’était tout à fait nouveau au Maroc ! Il a fallu expliciter l’approche bootcamp et aussi nos choix pédagogiques et stratégiques.

Je peux citer d’autres challenges qui me concernent plus particulièrement en tant qu’entrepreneur : Il m’a fallu gérer une culture et une éthique du travail qui sont très différentes de celles dans lesquelles j’ai évolué. Concrètement, cela veut dire garder le même niveau d’exigence, et apprendre à le transmettre avec des manières plus ancrées dans la culture locale, apprendre la patience et développer sa résilience pour gérer ces aléas en maintenant son enthousiasme et sa positivité aussi !

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un porteur de projet?

Bien se connaître, c’est-à-dire avoir identifié ses motivations profondes, loin des formules toutes faites sur le « succès ». Cela permet notamment de bien s’entourer, des talents complémentaires mais aussi des énergies positives pour maintenir le cap !

Des projets croustillants Le Wagon Maroc à partager avec nous en avant-première ?

On a de très nombreux projets en cours, parmi eux celui de l’ouverture d’une autre ville, le lancement d’un programme conjoint spécialement dédié aux entrepreneurs pour l’Afrique avec un launchpad pan-africain … et d’autres.
En deux mots : stay tuned 😉

 

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